Paris-Brest-Paris 2015

Vélodrome NationalCette année je me rends à Paris en voiture. C'est Christophe, rencontré durant les BRM de Ménigoute qui conduit. Il participe à son premier PBP, pour moi c'est le quatrième (2 abandons et une réussite).
Nous arrivons sur le nouveau site de départ, le vélodrome national. Après une petite demi-heure d'attente, le vélo est contrôlé et déclaré apte pour prendre le départ. Nous enchaînons sur la remise des documents, tout est là, pas d'erreur. Je n'avais jamais mis les pieds dans un vélodrome, c'est assez impressionnant.

Nous décidons de flâner un peu sur le site de cette 18ème édition. Toujours le même folklore avec tout ces différents vélos et randonneurs des quatre coins du monde. Par contre niveau ambiance je suis assez déçu. Tout simplement pas d'animation, vraiment dommage !

C'est le grand jour

La nuit fût assez agitée, je n'ai pas dormi comme à la maison. Un bon p'tit dèj puis nous nous préparons, il ne faut rien oublier.
Nous galérons pour atteindre le niveau -2 du parking longue durée. En effet la porte est tout simplement fermée. J'appelle le vigile de garde qui ne semble pas au courant qu'en ce dimanche les portes doivent être ouvertes. Heureusement que nous avons le temps !

Les Rubans BlancsVers 11H nous sommes au vélodrome. Ambiance ? Non toujours pas, tant pis... J'ai un souci de frein avant, le câble semble ne pas coulisser dans la gaine (j'ai pourtant fait la révision jeudi et tout allait bien). Je me rends donc au stand du vélociste. Changement du câble et de la gaine, je suis soulagé de... 10 €.

Plus qu'à attendre mon heure de départ (17H30). Je rencontre pas mal de rubans blancs (membres du forum de la longue distance) et de participants à "mes" brevets. Ça fait toujours plaisir. Finalement le temps passe assez vite. Nous allons sur le rond point de la Place de la Paix Céleste pour voir les "80H" filer sur Brest. Avec le beau temps il y a beaucoup de spectateurs, là il y a de l'ambiance !

Mon tour approche (Christophe partira 1H après moi), cette année l'organisation est différente avec des sas de départ. Il faut donc se rendre au départ 45' avant son heure. Nous sommes bien dirigés, c'est franchement super bien géré, bravo aux organisateurs.

L'aller

Me voici dans le sas G, première vague des "90H". J'ai une pensée pour Serge et Régis qui n'ont pas pu se qualifier. Pas d'excitation ou de stress, j'attends tranquillement que le départ soit donné. Le décompte commence : 10, 9,...., 3, 2, 1 c'est parti !!

Les Italiens d'époque !Je m'élance à mon rythme comme d'habitude. Tout le monde me double c'est sans surprise ! Je salue les spectateurs placés tout le long de la route, je profite de cet instant. Les départs étant donnés tout les quart d'heure, les premiers de la vague H ne tardent pas à me dépasser. Le dernier départ sera donné à 20H, je ne serais pas seul sur cette première étape. Je reste vigilant car les groupes qui me doublent sont assez importants et pas toujours prudents, c'est le moins que l'on puisse dire !
Mes sensations ne sont pas extraordinaires, ça va sans plus. Je mène mon Follis à allure raisonnable, le vent faible doit être légèrement favorable. Le temps passe vite, la nuit commence à tomber. Je m'arrête enfiler mon maillot manche longue, il ne fait pas frais mais j'anticipe. J'arrive à rouler avec de petits groupes de temps à autres. Les premières bosses annoncent bientôt l'arrivée au ravitaillement de Mortagne-au-Perche. J'y suis à 23H28. J'enfile mes jambières, je fais le plein du bidon. Je commande un sandwich, il n'y a plus de pain, je me casse !

Je n'ai pas trainé, inutile de perdre du temps ici. Je ne suis pas parti pour faire un chrono mais au vu de ma vitesse de déplacement je dois minimiser mes arrêts. Le seul truc chiant c'est que je n'ai pas pu acheter de sandwich. Depuis le départ c'est barres de céréales, cakes et pain d'épices. Vivement que je puisse me ravitailler correctement au contrôle soit 220 km depuis Saint-Quentin-en-Yvelines.
Bref je vais gérer ces 80 km bosselés tranquillement. Pour le moment je n'ai pas envie de dormir et les jambes tournent mieux qu'au départ. Le diesel s'est mis en route. Le chemin est moins encombré par les randonneurs, ça repose un peu. Ce tronçon est bien passé, j'arrive à Villaines-la-Juhel à 4H13. Je peux enfin croquer dans un sandwich ! J'en achète deux plus un coca, mon régime PBP (comme en 2011). Je garde la moitié d'un sandwich pour le consommer sur la route.

Randonneur qui dort au bord de la routeLes sensations sont de mieux en mieux. Je roule facile et j'ai hâte que le jour se lève. J'ai tendance à dire que sur un long brevet il faut gérer les coups de barre. Mais il faut aussi gérer les phases d'euphorie qui peuvent se transformer en grosse galère si on ne pense plus à s'alimenter correctement et à pédaler sur un rythme trop élevé. Je suis en plein dedans, je me canalise et me calme. L'expérience et la connaissance de soi sont très importantes sur la longue distance.
Mon dérailleur avant commence à me faire des misères, la chaine frotte c'est chiant ! Il faudra que j'y jette un oeil. Pour l'heure je roule facile et j'atteins Fougères à 9H03. Arrêt express !

Avant Tinténiac54 petits kilomètres me séparent de Tinténiac. J'espère y être vers midi. Le profil n'est pas difficile. Je garde le contrôle sur ma progression sans rien subir. C'est très plaisant. Il fait beau, pas trop chaud, que demander de plus. J'avais dit midi, il est 12H08 quand je pointe. Mon dérailleur me cassant les oreilles, je décide de m'en occuper. En fait le collier du dérailleur n'était pas bien serré et avait bougé. Thierry (Terry1) me prête une clé alen (j'ai oublier mon outil) et un tournevis pour régler la butée extérieure qui elle aussi c'est déréglée. En même temps que la mécanique je mange un sandwich.

Chez J'ai pris un peu plus de temps au contrôle à cause de ce dérailleur. Mais pas de problème ni de stress, tout va bien. Il fait beau mais pas trop chaud. La route redevient un peu plus vallonnée. Un peu avant Illifaut je m'arrête à un ravito improvisé par les habitants (ils sont très nombreux depuis le départ avec ce beau temps), très sympa je récupère l'adresse de "Mémé Galette" pour lui envoyer une carte postale. Je reprends ma route, je ne souffre toujours pas, les 24H (449 km) de route depuis le départ seront atteintes à Loudéac. Je pointe à 17H17. Je me ravitaille comme d'habitude. Je suis donc tranquillement dans le file d'attente pour payer mes sandwichs et mon coca. Quand surgit de nulle part un gars très pressé (sûrement un 84H qui veut faire un temps). Il passe devant tout le monde, se colle 4 pains au chocolat sous les bretelles du cuissard (deux par bretelle), style Rambo avec des munitions de partout. Se bourre deux tranches de quatre-quarts dans la bouche. Demande une bouteille d'eau en postillonnant la moitié de ses quatre-quarts. S'enfile deux bananes dans le cul ses poches. Il paie le tout et s'en va comme il est venu. J'ai regardé la scène (qui n'a pas durée 5 minutes) sans trop savoir quoi en penser, mais après coup ça m'a bien fait rire ! Je m'apprête à repartir quand je vois les plus rapides qui en sont déjà au retour (donc 333 km de plus que moi). Impressionnant !

Les normandesJe commence à me dire que comme en 2011, je vais arriver à Carhaix avant de pouvoir dormir. Je pense aussi qu'il sera compliqué d'atteindre Brest d'une traite. Je cogite donc sur la stratégie à adopter sur ce premier 600. Ça m'occupe l'esprit en passant les grosses bosses qui jalonnent la route sur ce difficile tronçon. Je me rappelle aussi qu'en 2011 j'avais tout passé grand plateau, j'étais complètement taré ! Ça grimpe dur mais ça va. Je croise Jean-Gualbert qui est sur le retour, il va surement claquer un bon chrono. Mais où sont donc passé les randonneurs ? Je ne vois pas grand monde. L'obscurité tombe peu à peu, je m'équipe donc pour la nuit. Contrairement à la première nuit il fait plus frais, je mets de suite les jambières. Autant consommer de l'énergie à avancer plutôt qu'à se réchauffer. J'arrive à Carhaix à 22H25.

Pas encore envie de dormir, je poursuis donc mon chemin. Si je dois dormir avant Brest, je le ferais sur le bord de la route. Toujours pas grand monde sur la route. Ils dorment ? Ils mangent ? Ils se laissent vivre ? Moi je roule en tout cas ! J'aime bien la route touristique qui mène à Huelgoat. Je sens que l'envie de dormir n'est pas loin. J'aperçois au loin l'émetteur de Roc'h Trédudon c'est ma motivation pour basculer sur Brest avant de dormir un peu. J'atteins le sommet, grosse fatigue. Je m'engage dans la descente, je ne vois plus la route. Je n'attends pas longtemps pour m'arrêter sur un chemin. Je sors le sac de couchage et règle mon réveil sur 4H ce qui me fera 2H30 de repos. Dans mon rêve j'entends : "réveille-toi y'a du brouillard !". J'ouvre les yeux, il est 3H. Je suis bien réveillé, je lève donc le camp. Effectivement le brouillard est présent, mon sac de couchage est bien humide. Est-ce moi qui est senti l'humidité en dormant, ou est-ce quelqu'un qui m'a prévenu en passant ? Je ne le saurais jamais. Toujours est-il que je suis bien reposé. Je reprends la direction de Brest. Les jambes tournent pas si mal que ça. J'arrive donc sans trop de peine à Brest, il est 6H08 (soit 36H37 depuis le départ). Mon plan de route indique 7H25, sachant que je n'ai dormi qu' 1H30 je suis pile poil dans mes prévisions. Tout va bien.

Le retour

Dans la montée du Roc TrévezelBon c'est pas tout ça il faut revenir sur Paris. Je décolle donc de Brest un peu avant 7H, le jour va se lever. Le brouillard s'estompe pour laisser place à un beau soleil. J'attaque la montée du Roc Trévezel, j'ai des ailes. Je roule facile, dans l'autre sens les randonneurs vont sur Brest. Certains sont bien fatigués, d'autres faciles. J'ai le soleil en pleine poire normal je file plein Est. Au sommet, je fais deux trois photos. Je reste couvert car la descente est longue et je n'aime pas avoir froid. Cette route est assez dangereuse avec les poids lourd qui doublent à vive allure. Je m'arrête pour une séance streap tease, il fait chaud. Carhaix ne se fait pas trop attendre c'est signe que la forme est bonne. J'y arrive avant midi (11H43), arrêt pas trop long.

EoliennesAvec la chaleur les jambes commencent à devenir lourdes. Je prends mon mal en patience mais c'est difficile. Je m'arrête même à Saint-Nicolas-du-Pelem boire un coca et m'enfiler un sandwich. S'ajoutent à la fatigue les bosses menant à Loudéac. Les encouragements des spectateurs donnent vraiment un coup de pouce. Loudéac tarde à venir, j'aurais mis près de 6H pour faire les 80 km. Je n'ai pas affolé les compteurs loin de là ! Bref je pointe à 17H25, 782 km en 48H (333 km sur les dernières 24H). La pause se prolonge un peu j'en ai besoin...

Ravito improvisé sur la routeJe repars mollement, j'ai du mal. Il faut rallier Tinténiac et ce n'est pas gagné. Je garde tout de même le moral, je suis largement dans les délais de fermeture. Chaque coup de pédale me rapproche de Paris, pour un développent de 5m il reste quelques coups à donner !!! Le soleil se couche enfin. Vers 20H je passe un coup de fil à la maison (comme tous les jours), ça me fait toujours du bien d'entendre mon épouse et ma fille me raconter leur journée. Ca casse la monotonie de ces longs kilomètres effectués seul la plupart du temps. La nuit tombe, je n'ai pas encore trop envie de dormir. Mais dès que j'arrive à Tinténiac à 23H14, mes paupières sont lourdes. Je tente le coup du dortoir, il reste de la place. Je reste ici, réveil prévu à 2H30.

Je me réveille juste avant l'heure, le temps de m'habiller, le gars arrive pour me réveiller. Allez, je casse la croûte et je reprends la route. C'est parti pour 54 km. La mise en route est comme un engrenage bien rouillé ! La fluidité n'est pas pour tout de suite. Je peine grosso modo depuis Carhaix, ça commence à faire long. Je pédale comme je peux en attendant que le jour se lève. Malheureusement le sommeil me rattrape, je suis à l'affût d'un coin pour m'allonger un peu. A Saint-Sauveur-des-Landes un banc n'attendait que moi, je m'allonge une dizaine de minutes... J'arrive enfin à Fougères à 6H31. Je ne dois pas avoir bonne mine ! Je mange un sandwich arrosé d'une canette de coca.

Au petit matinAllez il faut repartir, l'envie et le courage ne manquent pas. Ce sont les jambes qui n'ont pas envie. Le jour se lève c'est déjà ça. Au fil des kilomètres le pédalage revient doucement. Sans parler d'une bonne forme, ça va mieux. Avant le contrôle je passe la barre des 1000 bornes en 66H09, une heure de moins que sur le BRM1000 caniculaire de début juillet. Un homme m'encourage sur le bord de la route "allez Yvan". Tiens je ne le reconnais pas, je m'arrête. C'est un cyclotouriste Breton qui me suit depuis 2 ans via mon site internet. C'est un pur hasard qui a voulu cette rencontre car il venait prendre le pouls d'un PBP au travers d'un contrôle. Je l'invite à me rejoindre au contrôle pour bavarder le temps de ma pause. J'arrive donc à Villaines-la-Juhel à 12H26. Pour une fois je prends des viennoiseries, ça change un peu. Jean-Michel me rejoint, il a l'air bien content de me voir. Le plaisir est partagé, ce fût bref mais vraiment très sympathique.

Ma tronche à MortagneComme hier la chaleur sera de la partie cet après-midi. Je ne tarde pas à me déshabiller. Le plus dur est derrière moi concernant la difficulté du parcours. Certes il reste des bosses mais elles sont bien moins sévères. J'ai repris un peu du poil de la bête, j'avance un peu mieux. Tiens j'entends des éclats de voix derrière moi, c'est un couple d'italien qui se disputent. Tout le monde en profite avec l'exubérance de nos amis transalpin ça vaut le détour. En tout cas ça réveille, c'est toujours ça ! Un peu plus loin je reconnais ce photographe sur le bord de la route c'est Michel (alias Portocéan sur le forum). Je vais le croiser plusieurs fois jusqu'à Mortagne-au-Perche, c'est sympa en plus j'aurai de magnifiques photos c'est sûr ! Les kilomètres s'égrainent bien, ça commence à sentir bon. Je suis au contrôle à 17H28 soit 72H et 1090 km (308 km sur les dernières 24H). Sandwich de rillettes et coca au menu, un autre de réserve dans la poche (comme Paddington qui a toujours son sandwich à la marmelade de secours caché sous son chapeau).

Forêt tranquilleIl reste une trentaine de kilomètres vallonnés avant de se laisser filer sur Dreux. Le vent est favorable mais il faut quand même pédaler. J'aime bien ce tronçon passant notamment par la forêt Domaniale de Réno Valdieu, c'est calme et tranquille. J'ai moins d'euphorie qu'en 2011 où à cette endroit j'avais une patate d'enfer. Il faut dire que je bouclais à l'époque mon premier PBP. La nuit tombe une dernière fois sur mon périple, j'espère pouvoir rallier sans encombre l'arrivée. Pour l'heure je suis à Dreux à 22H29, je traine pas longtemps sur place.

C'est fini !Je repars seul dans la nuit. Le vent est toujours favorable. Le profil est plat mais je ne vois pas grand monde, au loin pas de loupiotes rouges et rien dans le rétro, bizarre ! Cette dernière étape est courte mais je sens qu'elle va être longue en terme de durée. En effet le sommeil commence à me travailler, il faut que je tienne ! La côte de Gambaiseuil me fait mal, juste après je m'allonge un instant sur le bord de la route. Are you ok ? Je réponds "Yeah", mais en fait je suis claqué. Je repars pas très frais. Je suis au ralenti, parfois je suis même à l'arrêt sur la route. Les lumières d'Elancourt, puis de Trappes me réveillent un peu. Allez c'est gagné, j'ai l'impression de tourner en rond mais la fin approche. A 5 kilomètres nous sommes dirigés vers l'entrée de l'Ile de Loisir qui mène derrière le vélodrome en longeant la N10. Passage sur la ligne d'arrivée et dernier bip de ma puce à 3H pile (mon plan de route annonçait 2H27).

Très content d'avoir fini mon second PBP, le temps mis n'est pas très important il m'indique juste que j'ai une bonne marge par rapport au délai final. Je remets donc les compteurs à zéro avec mon ami PBP : Yvan 2 / PBP 2. Rendez-vous pris en 2019, qui prendra l'avantage ?

J'ai encore une fois pris beaucoup de plaisir à revoir et rencontrer beaucoup de randonneurs passionnés par la longue distance.

Merci aux 2500 bénévoles, aux organisateurs, ainsi qu'aux spectateurs postés tout au long des 1230 km du parcours.

Cette aventure demande un investissement personnel qui prend beaucoup de temps. Je ne remercierai jamais assez mon épouse qui me laisse libre de me préparer durant toute cette période.

Le diaporama

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