Paris Brest Paris 2011

Quatre ans ça passe vite finalement. J'ai roulé comme jamais entre ces deux éditions. Beaucoup de longues distances évidemment, dont trois 1000 bornes (1 en rando perso et 2 BRM), une diagonale, des tours de départements et quelques autres BRM, le tout en autonomie complète. Ces expériences m'ont redonné confiance en mes capacités physiques et mentales pour venir à bout de Paris-Brest-Paris. Mon objectif tient en un seul mot FINIR, pas de pression chronométrique ce n'est pas une course. Je fais un tableau de marche basé sur les différents résultats des longues distances évoquées plus haut, j'aurais comme cela un bon repère. Mon choix c'est donc porté naturellement sur le délai maximum de 90 heures. Nouveauté cette année, la possibilité d'un départ libre, j'hésite puis je me dis qu'il serait dommage de se priver du départ de masse et de sa convivialité.

Samedi 20 aout

Tour EiffelRéveil de bonne heure, il faut que j'attrape le train à la gare de Poitiers qui part à 7H17, comme à mon habitude je me laisse une bonne marge de manoeuvre. C'est parti pour 34 km, la température est douce le ciel clair, ça annonce une belle journée. J'arrive à Paris gare Montparnasse à 8H50 précises. J'ai décidé d'aller au gymnase des droits de l'homme de Saint-Quentin-en-Yvelines à vélo pour me faire un trip dans la capitale. Je ne suis pas très rassuré car j'ai peur de la circulation, mais au mois d'aout ça devrait être tranquille. Bonne surprise il y a pas mal de bandes cyclables et la circulation est très faible, j'ai 26 km à faire. J'y vais cool pour profiter de la balade, à Versailles je prends la pose devant le château. Je poursuis direction Saint-Quentin, je vois les premiers participants au PBP, ça fout la chair de poule, ça y est j'y suis !! Il est 10H30 quand j'arrive au gymnase, c'est l'effervescence, des cyclos de partout.

Contrôle machineLa première formalité est le contrôle des machines, pour moi pas de souci d'éclairage. C'est Didier Innocent, responsable des BRM français qui valide mon entrée dans le gymnase. Ca fait plaisir de le voir en chair et en os car j'ai beaucoup correspondu avec lui pour avoir des renseignements concernant mes organisations de BRM à Ménigoute. Je peux enfin mettre un visage sur son nom. Je poursuis le cheminement et rencontre Antonin, le vrai, qui s'affaire au déballage des bidons du PBP offert à chaque participant. J'accède à la piste d'athlétisme et gare mon vélo, il y a pas mal de monde. Je peux à présent aller retirer mon dossier qui comprend : le carnet de route, la puce, la plaque de cadre et la médaille de super randonneur. Il ne manque rien, il ne me reste plus qu'à récupérer le gilet jaune acheté lors de mon inscription et j'en aurais fini avec toutes les démarches de la journée.

Retrait des documentsL'idée d'un stand des rubans blancs avait été soumise sur le forum dans l'année et, une semaine avant le départ j'apprends que c'est bon, super nouvelle ! C'est Jean-Gualbert qui à permis que ce stand voit le jour, il a aussi pensé à un livre d'or du forum (qui existe depuis quelques années, ce que j'ignorais, belle surprise). Je profite de ces quelques lignes pour le remercier pour tout ce qu'il fait pour l'ACP, le PBP et toutes ses interventions sur le forum. Il ne compte pas son temps pour faire partager sa passion des longues distances. Je cherche donc le stand pour mettre une affiche annonçant le point de rencontre des rubans blancs. Pour le moment pas de forumeur en vue, j'en profite pour aller me balader autour du gymnase et prendre le pouls de cette édition 2011. On peut lire comme à chaque fois la joie de tous ces randonneurs venus parfois du bout du monde afin de réaliser un rêve.

Les Rubans BlancsIl est midi, j'ai faim, je retourne sur le stand pour avaler un sandwich et du taboulé. Ca commence à cogner, il va falloir bien boire tout au long de l'après-midi. Antonin passe devant le stand et je lui demande si son papa (Jean-Gualbert) est sur le site. Il me conduit dans les coulisses où les organisateurs travaillent d'arrache pied pour que tout se passe bien. Je salue rapidement Jean-Gualbert pour ne pas trop le déranger. Je reçois un message de Jeff qui cherche le stand, c'est le début du défilé des rubans blancs. Je ne citerais pas les noms de tout ceux et celles qui sont passés par le stand de peur d'en oublier. En tout cas merci à tous, ça m'a vraiment fait chaud au cour de pouvoir échanger avec vous. A 17H nous allons devant le gymnase pour la photo des diagonalistes. La journée s'achève, je ne l'ai pas vu passer ! Je pars avec Pascal à l'hôtel réservé sur Trappes, une petite dizaine de kilomètres à parcourir (j'aurais fait 80 km aujourd'hui).

Dimanche 21 aout

L'attente avant le départJ'ai dormi comme un loir de 22H à 8H. Je suis comme hier, très cool. Le buffet du p'tit dèj de l'Etap Hôtel est pris d'assaut, pas facile de se frayer un chemin. Je rencontre Pierre avec qui j'avais tenté une flèche Vélocio l'an dernier, ça fait plaisir. Nous nous rendons ensuite de nouveau sur le stand, le ciel est couvert, il y eu un gros orage dans la nuit. Nous retrouvons quelques rubans blancs, la bonne humeur est de rigueur. Nous resterons jusqu'à la clôture vers 13H. Commence maintenant la longue attente jusqu'à 18H pour les partants des moins de 90H. Quelques animations nous font passer le temps, je suis interviewé par une TV locale, c'est marrant. Vient ensuite le départ des moins de 80H, il fait chaud ! Ils sont partis, PBP est lancé !!! C'est à notre tour de nous mettre dans la file d'attente. Après les vélos spéciaux, c'est nous. Je suis bien, relax, pas de pression. Le gymnase s'ouvre à nous, tout le monde s'engouffre sur la piste. C'est encore l'attente en plein cagnard. Je vois Cricri69 et Saturnin, nous seront dans la deuxième vague, départ 18H25.

Sur la ligne de départEt voilà, mon carnet est tamponné pour la première fois ! Avec mon maillot de l'ACP j'ai l'honneur d'être en première position sur la ligne de départ, la classe !! Je rencontre Pierre Théobald lui aussi acépiste, encore un visage sur un nom. Il y a aussi Michel (Portocean), photographe accrédité du PBP qui en profite pour immortaliser l'instant. Je suis vraiment très zen avant le décompte des spectateurs, la seule chose que je me dis c'est « tombe pas tu passerais pour un con », j'en rigole ! Le speaker annonce 30 secondes avant le départ, ça donne des frissons. C'est ensuite le décompte des 10 dernières secondes par la foule massée au départ, quelle sensation ! TROIS, DEUX, UN, ZERO !! Ca y est nous sommes lâchés derrière les motos de l'ANEC qui neutralisent le départ sur 18 kilomètres à 30 km/h, je ne resterais pas longtemps dans les pots d'échappements.

Ca part vite comme d'habitude, je suis très concentré pour éviter les chutes, ce serait con de tomber et ruiner 4 ans de préparation. Je suis dans ma bulle, je ne laisse aucun évènement parasiter mon départ, bref je ne suis pas causant. Je veux tout de suite adopter mon rythme sans me soucier de quoi que ce soit. L'expérience des deux autres éditions m'ayant appris que trop vite tu te crames comme en 2003 ou pris par l'euphorie tu te sens trop fort. Et trop lent comme en 2007 ou tu te mets dans un faux rythme ou tu n'arrives plus à accélérer et le hors délai te guette. Aujourd'hui je suis dans la bonne cadence, la même que sur un 1000 ou une diagonale, là je sais que c'est tout bon. C'est plat, ça double de tout les cotés, je suis serein. J'ai décidé bien avant le départ de ne m'arrêter que dans les villes contrôles pour limiter au maximum mes arrêts. La nuit tombe, c'est toujours aussi fantastique de voir toutes ces lumières rouges qui avancent comme des chenilles processionnaires. De gros paquets doublent ou absorbent d'autres paquets, cette première étape est unique car y'a du randonneur au mètre carré ! Les jambes tournent toutes seules, je ne force pas du tout. Je ne me souvenais pas que ça grimpait comme ça avant l'arrivée à Mortagne-au-Perche, je suis presque surpris !

Lundi 22 aout

Contrôle Villaines-le-JuhelIl est 00H18 quand j'arrive au premier ravitaillement, juste le temps de remplir mes bidons et de manger un peu de pain d'épice et je file, moins d'un quart d'heure d'arrêt, j'ai la patate. Je poursuis mon avancée dans la nuit. C'est un peu vallonné, la température est douce, le vent de coté. Le tamdem 100% féminin et diagonaliste me dépasse sympathiquement. Rien de spécial à signaler lors de ces 81 km ralliant le premier contrôle qui est atteint à 4H15. Je pointe, remplis mes bidons et j'avale deux sandwichs et un coca.

Je repars de Villaines-la-Juhel en baillant. Comme lors de la campagne de qualification, je n'arrive plus à passer une nuit sans dormir. Sur cette première nuit avec l'excitation du départ je pensais y parvenir, et bien non. Pas de soucis je ne lutte pas longtemps, le temps de trouver un coin d'herbe pour un roupillon. Un bon quart d'heure histoire de recharger les batteries et je reprends la route. Le jour va se lever sous peu, c'est parti pour une grosse journée de vélo, normalement jusqu'à Carhaix. J'arrive à Fougères à 8H55 soit 2H d'avance sur mes prévisions, impec ! Après mon pointage, je suis interviewé (j'apprendrais par la suite que je passe sur le 13H de TF1 !). Je me restaure tranquillement, deux sandwichs un coca, c'est mon régime sur ce PBP car je ne veux pas perdre mon temps au restau, je mangerais chaud après le PBP.

Sur la route de TinténiacC'est l'étape la plus courte (54 km) et la plus plane, pour certains c'est l'occasion de foncer, pour moi c'est plutôt l'occasion de me refaire une santé en déroulant sans forcer. Je pense que c'est la bonne stratégie pour les futures difficultés. En plus le vent me pousse donc tout va bien. Depuis le départ, j'ai  plus de souvenirs de ces routes en 2003 qu'en 2007, peut-être parce que j'étais plus en forme. Tinténiac se profile déjà, je n'ai pas vu passer cette portion, il est 11H43.

La routine du contrôle passé, direction Bécherel et sa bonne bosse, ça met en jambe. Le parcours devient bien vallonné. Je joue souvent du dérailleur pour passer en souplesse et économiser mes forces. J'ai toujours d'aussi bonnes sensations, quel plaisir. C'est dans ces moments que l'on prend conscience que la préparation a été bien menée. Pas de répit jusqu'à Loudéac qui annonce le tiers de la balade. Il est 16H, 2H30 d'avance, je commence à croire que je pourrais rallier Brest d'une traite. Avant ça il faut passer la terrible étape Loudéac-Carhaix, pour moi la plus difficile.

Je prends donc cette étape avec philosophie, ça va être dur et je vais en chier. C'est ici qu'il faut pédaler avec la tête et ne rien lâcher, PBP se joue peut-être ici pour certains. Pas beaucoup de monde sur la route, mais où sont-ils passés ? Par contre les spectateurs sont présents. Je me souviendrais toujours de ce petit garçon placé dans une grosse bosse avec une bouteille d'eau et qui me demande si j'ai besoin de faire le plein. Malheureusement je lui réponds « non merci tu es gentil mais j'ai de l'eau ». Il me dit « c'est pas grave monsieur, vous êtes super, bon courage ». J'ai lu dans son regard qu'il était quand même déçu que je ne m'arrête pas, ça m'a sincèrement fait mal au coeur pour lui. Mais je suis sûr qu'après il a pu faire le plein d'un autre randonneur et qu'il en est très fier. Je passe plutôt bien les bosses, je suis même surpris de ne pas plus peiner. J'atteins Carhaix à 20H15, j'ai conservé mes 2H30 d'avance, excellent ! Dois-je respecter mon plan ou poursuivre ? Je me pose cette question depuis un bon moment. Pour rallier Brest il faut 5 bonnes heures, je ne ressens pas trop de fatigue et il est relativement tôt. Donc je file, si je dois dormir dehors je le ferais.

Contrôle CarhaixAllez zou en selle. Je garde un bon souvenir de cette étape sur les deux précédentes éditions, je roule l'esprit tranquille. La nuit tombe rapidement, je prends la roue d'un cyclo en randonneuse. Nous ne parlons pas, chacun est dans son effort. La fatigue me rattrape, je n'arrive plus à me repérer géographiquement sur le parcours, ça grimpe bien. Je ne suis plus très lucide, même assez désorienté. Pour tout arranger le brouillard fait son apparition. J'ai du mal à appuyer sur les pédales, mon collègue d'infortune m'attend, nous n'avons pourtant rien dit, même pas un mot. Pour moi il est allemand, je ne sais pas pourquoi mais j'en suis certain. Il y a aussi un mec qui m'éblouis avec son phare dans mon rétro, il n'a pas l'air au mieux non plus. Enfin c'est ce que j'imagine. Ca n'arrête pas de monter, mais où sommes-nous ? Soudain j'entends quelqu'un qui dit « c'est bien les gars vous êtes au sommet ! ». Et moi « au sommet de quoi ? ». « Ben du Roc Trévezel !?! ». Je comprends enfin pourquoi ça montais depuis un long moment. Je dis à « mon » allemand que ce n'est pas la peine de m'attendre, en fait il est français et ça ne le dérange pas, sympa ! Par contre je pensais me souvenir de sa plaque 7290 mais elle n'existe pas, un fantôme peut-être ? Dans l'état ou je suis ça ne m'étonnerait pas ! Nous nous élançons dans la descente, je n'y vois rien, je suis la loupiote de ce randonneur. Contrôle CarhaixEn bas de Trévezel, je lui demande de filer car je cherche un endroit pour dormir. J'ai déjà trop attendu, je trouve un endroit abrité du vent car il souffle fort de l'arrière. Je sors la couverture de survie et m'allonge. Je somnole plus que je ne dors, ça me fait quand même du bien et me reconnecte à l'instant présent. Je ne me suis pas allongé plus d'un quart d'heure mais ça va mieux. Je n'ai pas une énergie débordante mais j'avance, l'espoir de dormir à Brest me motive bien. La nouvelle arrivée sur Brest est horrible, ça tourne sans cesse et donne l'impression de tourner en rond. Le passage du pont Albert Louppe est par contre très sympa avec la vue de Brest de nuit. Par contre la suite est bien moins sympathique même carrément inutile. Bref je n'en garderais pas un bon souvenir et je ne suis pas le seul d'après ce que j'en entends de la part d'autres participants. J'arrive tout de même au contrôle à 2H38, près de 6H pour faire 93 km. J'ai de la chance car dès mon arrivée je tente ma chance au dortoir, il reste une place. J'ai oublié mon porte monnaie mais la jeune femme qui s'occupe du couchage me réserve la place. Je cours prendre de l'argent et reviens au dortoir. Je demande un réveil à 7H. Je m'installe, me tartine les fesses de ma crème magique et m'endors. « C'est l'heure !». Je me lève d'un bon, en bonne forme, 4H de sommeille ça fait du bien. Je croise Jeff, il me demande si tout va bien, je lui réponds que oui après une bonne nuit de 3 à 7H. « Non il est 4H40 ! T'as pas vu qu'il fait nuit ?», « Bah si mais on est bien à l'Ouest. ». Sur le coup je suis dégouté mais je suis bien réveillé et en forme donc je déjeune et m'apprête à repartir. Je croise Vincent qui est venu nous voir car il n'a pas pu se qualifier, je suis bien content de le saluer.

Mardi 23 aout

Roc Trévezel !Il faut repartir, il est 5H45, j'ai 4H d'avance sur mon plan. Le moral est au beau fixe ! J'ai froid et le brouillard est déjà présent, je file seul dans cette fin de nuit. C'est toujours plaisant de suivre les flèches Paris mais la route est encore longue. J'atteins assez vite Landerneau puis Sizun, ça me rappelle ma diagonale Brest-Perpignan réalisé en 2010 avec un départ en compagnie de Roland, que de souvenirs. J'attaque donc les 15 km d'ascension du Roc Trévezel, cette fois je sais ou je suis contrairement à l'aller. La pente est régulière, j'adopte un pédalage tranquille. Le brouillard est dense, dans le sens inverse c'est le défilé des randonneurs encore sur l'aller du PBP. Le sommet est là, quelques spectateurs nous encouragent, merci à eux car dans cette purée de pois il faut un gros coeur pour venir nous voir passer. Un petit coup de fil à mon épouse pour la rassurer sur ma progression, j'avale une barre de céréale. Avant de partir je me fais prendre en photo. Il est près de 9H mais j'ai l'impression qu'il fait encore nuit et il ne fait pas très chaud. Dans la descente j'entends un « allez Yvan », j'ai la pêche ! Le brouillard se lève enfin, il fait très gris, j'arrive à Carhaix.

Direction Loudéac, sur la portion difficile, moins tout de même que dans l'autre sens. Je suis toujours seul, j'aborde les raidards comme à l'aller tranquillement sans forcer si je puis dire car ça fait mal quand même. A 10 km de l'arrivée c'est le dernier gros coup de cul vers Grace-Uzel. Je vois toujours des participants dans l'autre sens, ils n'ont pas fini ceux là. Pointage sans trop trainer.

Sur la routeC'est pour moi l'étape la moins sympa, de longues lignes droites avec de grosses bosses. Il se met à pleuvoir histoire d'enfoncer le clou. J'ai aussi une grande revanche à prendre car c'est sur ces routes que mon genou avait lâché il y a 4 ans ! Forcément j'y pense, je me remémore ces interminables kilomètres fait de souffrance. Evidemment je commence à avoir mal au genou « déconne pas putain !!! ». J'ai un coup au moral, je m'étais pourtant promis de ne pas cogiter à ce moment précis, c'est raté ! Le contrôle secret me fait du bien, plus de douleur étonnant non ? Une seule idée m'obsède : repartir de Tinténiac avec mon carnet tamponné et poursuivre ma route l'esprit libre. J'y suis, au moment de donner mon carnet je me dis « il a intérêt à me le rendre ! ». C'est con, mais j'ai tellement ruminé durant 4 ans. Je devais initialement dormir ici, comme à l'aller j'hésite un peu mais il est 20H passé et Fougères n'est qu'à 54 km. Je file.

La nuit tombeLa nuit tombe, je commence comme d'habitude à bailler. J'ai quelques randonneurs avec moi, ça change. Je commence à avoir des hallucinations, réalité ou non je ne sais pas très bien. En tout cas je roule sans zigzaguer même si la vitesse est basse. Ce qui me fait tenir c'est que je sais que je vais pouvoir dormir une vraie nuit et recharger les accus. Je lutte pour continuer, c'est dur, pénible, je suis dans le dur ! Moi qui pensais que cette étape plate, la plus courte serait une balade de santé, je me suis bien trompé. Il faut rester humble et ne pas présumer de ses forces. J'arrive peu avant minuit, je pointe et file direct au dortoir. Il y a de l'attente, environ 30 minutes et les places seront données au compte goutte ! Je décide de ne plus bouger, je mangerais au réveil. Ma priorité c'est dormir, je prends une chaise et me place devant la table. Je discute avec les très gentils bénévoles, ils sont désolés de ne pas pouvoir me faire dormir tout de suite. Je leur fait même pitié vu mon état de fatigue. Pas grave j'attends patiemment mon tour. Ca y est une place se libère, je demande d'être réveillé dans 4H, à 4H30 donc (j'espère ne pas avoir la même mésaventure qu'à Brest !). « Il est l'heure monsieur » « Pour quoi faire ? » « Pour repartir ! ». Oula, le réveil est difficile ! Je suis tombé comme une masse malgré les odeurs et les ronflements ! J'ai faim, je crois avoir mangé un petit dèj complet, je ne suis plus sûr de moi.

Mercredi 24 aout

Au petit matinLa mise en route est difficile, je n'ai pas trop la forme. Je pédale comme je peux et j'ai froid. J'attends que le jour se lève pour réchauffer mon corps. Je me remonte le moral en me disant que c'est la dernière journée. Le ciel est dégagé tant mieux, les premiers rayons de soleil apparaissent. Je n'ai vraiment plus de jus, j'ai faim ça c'est un bon signe. Et je pars dans une crise de boulimie, je vide pratiquement ma sacoche, les barres de mars et de céréales sont avalées les unes après les autres. Je suis repu, plus qu'à attendre que la digestion se fasse et redonne de l'énergie à mes muscles. C'est le sommeil qui me rattrape, un sacré coup de bambou ! Je m'arrête quelques instants pour faire le vide et fermer les yeux. Après environ 15 minutes je reprends la route, les jambes ne tournent toujours pas rond. C'est la que je me souviens d'une réplique de ma fille un jour ou je la promenais à vélo après une sortie assez longue. Je lui dis « Il a plus de jambes ton papa ! » et elle me répond avec son aplomb habituel « bah si t'as des jambes je les vois, t'as même des pieds ! ». Il n'y a qu'un enfant pour dire de telles choses. ça me fait rire et c'est tellement vrai ! Je guette le passage des 1000 bornes, c'est fait en un peu plus de 62H.

Moins de 200 bornes...10H40 j'arrive à Villaines-la-Juhel, le speaker me voyant arriver avec ma randonneuse me pose quelques questions. Il y a pas mal de monde, c'est très sympa. Je ne m'éternise pas comme sur tous les contrôles. Il en reste 2 avant Paris. Les jambes reviennent je peux rouler de nouveau normalement. Les 40 derniers kilomètres sont carrément difficiles, ça monte bien pour rejoindre Mortagne-au-Perche. J'arriverais en plein après-midi, il fait beau, quelle chance !

Je croise Jean-Louis au moment de reprendre la route, il m'annonce son abandon et me donne quelques nouvelles des Rubans Blancs. Je consulte le profil de cette avant dernière étape, il y a une trentaine de bornes vallonnées et ensuite ça descend. Ca me donne des ailes, rien ne peux plus m'arrêter ! Je me rends compte aussi que je pourrais finir avant minuit, c'est mon nouveau challenge comme ça pour le fun !! La première partie est superbe, nous passons dans la forêt domaniale du Perche c'est très agréable. Ensuite il n'y plus qu'a fondre sur Dreux, ça circule beaucoup il faut dire qu'il est 19H et les gens sortent du boulot ! Je fais le repas le plus copieux de cette aventure pour me donner les dernières forces nécessaires pour rejoindre le gymnase des Droits de l'Homme distant de 65 petits kilomètres. C'est à Dreux que j'apprends la mort d'un américain, ça calme.

Dernier coup de tampon ! C'est fini.Je quitte Dreux, la circulation est encore plus forte qu'à l'arrivée, vivement que je m'éloigne de cette ville. J'ai une patate hallucinante, j'appuie comme un malade. Je prends même un groupe, on roule à 30 à l'heure !! Quelle euphorie, c'est grisant. Les kilomètres défilent vitesse grand V. La nuit tombe une dernière fois sur mon épopée, mais là pas de fatigue ou d'envie de dormir ! Je me suis fait lâcher par le groupe, faut quand même pas déconner. Je file de nouveau à mon allure, je ne suis pas rassuré de finir seul à l'approche de Saint-Quentin. Les derniers kilomètres sont chiants mais la circulation est assez faible tant mieux. Le gymnase est devant moi, une bonne chair de poule, ça y est je l'ai fait. Je suis heureux d'être venu à bout de cette randonnée. Je remets mon carnet, il est 23H06 ! J'ai mis 8 ans pour passer cette ligne d'arrivée, un record non ?

Je pense à mon épouse, ma fille, Nicolas (qui sera peut-être là dans 4 ans), ma famille. Je pense aussi à « mes » rubans blancs, comment cela s'est-il passé pour eux ? Je pense à tous ceux qui n'ont pu prendre le départ pour diverses raisons. Je savoure ce moment unique. De partout des randonneurs dorment, ils sont eux aussi allés au bout ! C'est une atmosphère surréaliste.

Données GPSJe rencontre ensuite Phil35 qui souhaite m'interviewer, en effet il fait parti des randonneurs ayant accepté de prendre un micro dans leurs sacoches pour faire un documentaire sonore. J'accepte volontiers, un instant très sympa mais pas très évident pour moi, pas facile de dire des choses intelligentes (rires). Voilà, l'émotion de l'arrivée passée je me dirige vers la tente pour prendre la boisson offerte et me faire plaisir en mangeant autre chose qu'un sandwich, je n'ai tourné qu'à ça ! Je redescends de mon petit nuage très vite en voyant les tarifs pratiqués. Un scandale tout simplement ! 4€ le sandwich de 15 cm de long, 12€ une assiette de je ne sais quoi, je suis dégouté. J'avais constaté une harmonisation dans les points de contrôle, mais la c'est profiter de nous tout simplement. La prochaine fois j'aurais de quoi manger dans mes sacoches !

Jeudi 25 aout

Le repos du guerrier !!!Je passerais ensuite la nuit dans les gradins du gymnase sous ma couverture de survie. Debout vers 8H, j'ai du mal à émerger. Je vois que de nombreux randonneurs ont choisi l'option gradins, ça fait partie de la légende. Je retrouve ensuite Pascal dans la matinée. Je vais voir un peu les arrivants du matin et les applaudir. Nous rentrons ensuite à l'hôtel, douche, restauration et sieste, avant de revenir au gymnase pour assister à la clôture de l'édition 2011. Une minute de silence est demandée en mémoire de l'américain décédé durant ce PBP. Très émouvant, j'en ai les larmes aux yeux. Ensuite beaucoup de blabla, avec la fatigue peu sont concentré sur les discours. Les yeux sont plus braqués sur l'énorme buffet, là il y a de quoi faire ! C'est l'heure du pot de l'amitié, j'ai l'occasion de rencontrer Jean-Gualbert qui a eu quelques soucis lors de son périple mais qui à quand même terminé.

Voilà c'est fini, une édition exceptionnelle pour moi. Beaucoup de rencontres de Rubans Blancs, quelques membres de l'ACP dont je suis licencié, des participants à mes brevets ménigoutais et des diagonalistes.

Vendredi 26 aout

3H45 le réveil sonne, et oui il faut encore rouler. Je dois aller gare Montparnasse pour boucler la boucle. Il pleut gros comme le poing quant je sors de l'hôtel, le réceptionniste essaie de me convaincre de reporter mon départ mais non je file. Quand j'ai une idée en tête je ne l'ai pas ailleurs ! Pas de circulation, je file sur Paris. J'ai un peur lorsque j'emprunte une route interdite aux vélos, c'est la voie Georges Pompidou je crois. Je crève à 5 km de la gare, je finirais sur la jante. Je répare avant de monter dans le train. Il ne reste plus qu'à rallier Poitiers à la maison. C'est fini !

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Merci à tous les bénévoles, sur tout les sites de contrôles, il y a eu des couacs, mais bon rien de méchant. Merci à l'ACP de nous proposer cette randonnée hors du commun. Merci aux motards de l'ANEC que j'ai souvent vu à l'oeuvre. Et merci à tous les spectateurs qui ont été présents du premier au dernier jour, à toute heure de la journée.

Enfin un énorme merci à mon épouse qui me laisse me préparer tout au long de l'année (des années), sans elle je ne serais pas allé au bout.

Diaporama (certaines photos ne sont pas de moi, merci aux contributeurs)

sans nom