Diagonale Brest-Perpignan n° 10226

Le vélo est prêt depuis longtempsVendredi 27 aout 15H je débauche, je suis déjà dans ma diagonale ! Il pleut, ce temps me fait rager, moi qui dois me rendre à la gare de Poitiers à vélo, je vais être sec. En plus je suis stressé pour le voyage en train avec mon Follis, c'est une première. Moi quand je ne connais pas je me pose toujours un milliard de questions, j'suis comme ça. Bref je ne suis pas serein, mon épouse me demande même si je suis vraiment content d'y aller. Oh que oui je suis content, depuis le temps que j'en rêve. Visualiser la carte interactive.

Après avoir mis les capotes sur les sacoches, un dernier au revoir à tout le monde et c'est parti. Direction Poitiers, une trentaine de kilomètres tous plats, j'ai deux heures avant que mon train arrive. La pluie cesse quand je sors du garage, je n'essuierais pas une goutte, ça va mieux ! J'arrive bien en avance, j'ai le temps d'enlever mes sacoches, de me changer et de me diriger tranquillement sur le quai. Je demande à un jeune agent de la SNCF comment se passe le transport des vélos, il n'est pas trop au courant « il doit y avoir un espace aménagé dans une voiture » me dit-il. Le TGV arrive enfin, j'entre dans mon wagon, je vois deux autres vélos dans le compartiment, c'est bon ! Je respire enfin.

Arrivée à BrestArrivé à la gare Montparnasse, j'ai une petite heure d'attente avant la correspondance pour Brest, je vais au Quick prendre un menu à emporter. J'engouffre mon vélo dans le second TGV, personne dans le compartiment, tant mieux je vais être à l'aise pour passer la nuit. Je n'arrive pas à trouver le sommeil, pas vraiment confortable un train. Je me tourne dans tous les sens pour trouver une bonne position, je somnole plus que je ne dors, pas reposant au contraire ! J'attaquerais donc ma diagonale avec une nuit blanche, peut-être pas la meilleure solution ! Pas grave de toute façon c'est comme ça. Brest approche, je me prépare.

Je suis accueilli par Roland, sariste de son état. Pour la petite histoire Roland vient de faire le BRM 1000 kilomètres d'Auffay et a conduit pendant 600 kilomètres pour entrer chez lui. Mon train arrivant à 1H41 il est allé directement à la gare et a dormi une grosse demi-heure avant mon arrivé !! En plus il va me guider jusqu'à Landerneau en vélo bien sûr, que dire après ça. Roland est tout simplement un mec bien !

J'arrive donc sous les flashes à la gare, je suis bien content de revoir Roland. Nous sommes attendu par Vincent (lui aussi diagonaliste) dans les entrailles de Brest, et oui il est dans la surveillance des parkings brestois. Pas banal ce début de diagonale. Vincent nous offre le café et les crêpes, un délice. Nous nous connaissons tous via le forum Super Randonneur que j'ai mis en ligne en 2006, c'est sympa de lier des connaissances par ce biais. Je suis heureux de partager ce premier départ en leur compagnie. Malheureusement le temps passe vite, il est déjà 2H15, mon départ est dans 15 minutes. Nous remercions Vincent et nous rendons au commissariat. J'obtiens mon coup de tampon qui donne le départ officiel de ma diagonale.

Brest-Carquefou

Premier contrôleSamedi 28 aout 02H30 Roland me guide en passant par le port, nous quittons Brest rapidement. Je ne serais resté que 50 minutes dans cette ville départ, pas banal j'vous dis cette diagonale. Il fait un peu frais le ciel est clair. Ces premiers coups de pédales en compagnie de Roland sont très agréables. Nous sommes déjà à Landerneau, Roland m'explique ou se situe la boite aux lettres de Sizun pour ne pas perdre de temps en ce début de diagonale. Je remercie Roland pour son dévouement et je file seul direction Perpignan !

La carte postale de départ est dans la boite, la brume me tombe dessus, ça caille. Dans cette purée de pois, je franchis le Roc Trévezel, je ne vois même pas le sommet ! Le relief est très accidenté, je joue du dérailleur car Perpignan est si loin. J'ai hâte que le jour se lève, j'ai toujours du mal entre 4 et 6 heures du mat. J'ai plus de 1000m de dénivelé sur les 100 premiers kilomètres !

Portion non pavé !J'effectue le contrôle de Pontivy dans une boulangerie, je prends deux pains aux raisins. Le vent est favorable depuis le départ, les bosses sont moins sévères. J'ai la forme et un gros morale, cette diagonale est bien lancée, je suis content. Le soleil sort le bout de son nez sur les coups de 10 heures, la pédalée est facile.

En milieu d'après midi j'atteins Guenrouet, le barman est fixé sur les courses de chevaux, pas facile d'avoir un coca. Il ne fait pas grand cas de ma présence, j'obtiens quand même le coup de tampon. Si tout va bien je serais à l'hôtel en fin d'aprèm, tant mieux je gagnerais du temps de repos. Le profil est quasi plat maintenant, toujours soleil et vent dans le dos, toutes les conditions sont réunies pour me faciliter la tâche. J'ai réservé au Formule 1 de Carquefou, j'ai déjà séjourné dans cet établissement l'an dernier pour me rendre au brevet de 600 kilomètres Rennes Brest Rennes. Je sais qu'il y a de quoi manger à proximité, impec !!

La première étape est achevé, bilan très positif, je fini en pleine forme avec 1H30 d'avance sur mon plan de route, donc du sommeil en plus. 317 kilomètres d'avalés, section la plus courte de la diago, et oui je fais tout à l'envers. Demain levé à. 00H45 !

Carquefou-Bergerac

Dimanche 29 aout 01H10 je suis déjà en selle. J'ai dormi 3 heures et me suis réveillé sans peine, j'avale une salade de poulet et du pain d'épices. Je suis d'attaque, il le faut la journée va être longue, en gros une vingtaine d'heures !

Contrôle de nuitLa route menant à Clisson traverse les vignes Nantaises, pas de difficultés, une bonne mise en jambes. Aucune douleur ni sensation de fatigue, vent toujours favorable. Je prends une photo à l'entrée de Clisson pour attester de mon passage, pas de commerces ouverts à cette heure avancée. Comme toujours j'ai du mal en fin de nuit, l'envie de dormir est forte je tente de résister inutilement. J'ai failli m'endormir et chuter, « arrête de faire le con et dors !». Je trouve un bout de champ, je m'allonge sur la couverture de survie et m'endors instantanément. En ouvrant les yeux j'ai le sentiment d'avoir dormi assez longtemps je vais beaucoup mieux, je regarde l'heure j'ai dormis exactement 5 minutes !!! Je vérifie, si si c'est bien ça, j'enfourche mon vélo plein de jus. Il suffit de pas grand-chose pour se refaire une santé, le corps humain est une machine étonnante.

J'arrive à Coulonges-sur-L'Autize peu avant 8 heures, je tamponne dans une boulangerie, même rituel deux pains aux raisins. Je suis assez près de chez moi, j'appelle mon épouse pour lui donner des nouvelles. J'ai aussi ma fille au bout du fil, je ne l'ai pas entendue depuis vendredi soir « tu me manques tellement beaucoup », j'en ai les larmes aux yeux. Avec les efforts le manque de sommeil les émotions sont décuplées, je raccroche et écrase une larme. Je me sens si égoïste dans ces moments là. J'allume la radio pour me changer les idées. Je passe à Coulon là même ou un mois avant j'étais avec ma fille en vélo-remorque en direction de la mer, je repense à tous ces moments, c'était si bien. Bon, il est temps de me remettre dans ma diagonale, il fait toujours aussi beau le vent lui me pousse, j'arrive à Matha.

Contrôle Saint PrivatIl est midi, j'avale mon dernier pain aux raisins et un coca. Mon carnet de route est visé, je repars c'est encore facile pendant 45 kilomètres ensuite fini la rigolade. Avec le road book que j'ai réalisé je peux voir les difficultés à venir et les gérer au mieux ma progression. Les jambes répondent bien je passe les difficultés sans trop d'encombre, que c'est agréable. St-Privat-des-Prés, je fais une photo à l'entrée car je sens qu'il n'y aura pas de commerces ouvert. Bien vu le seul bar est fermé, je vois un homme dans son terrain, je lui demande de bien vouloir remplir mes bidons. Il accepte et vois ma plaque « Brest-Perpignan » et me demande de quoi il en retourne, je lui explique les grandes lignes des diagonales.

Encore pas mal de bosses pour faire la jonction avec Bergerac ou je passerais la nuit. Les derniers kilomètres sont pénibles avec beaucoup de circulation, vivement l'hôtel. Le réceptionniste de l'Etap Hôtel est très sympa, il me demande d'où je viens. Comme beaucoup il est étonné par la distance, quand je lui annonce que je roule depuis 1H du mat (il est 20H) il me dit que je suis un grand malade, il a sûrement raison et j'éclate de rire car c'est un hollandais et il a l'accent de Dave. « Vous prendrez le petit déjeuner ? » « Non non je repars vers 3H ! » j'ai cru que sa mâchoire allait se décrocher. J'ai encore de l'avance sur mon tableau de marche, je vais pouvoir faire la « grasse matinée ».

Bergerac-Perpignan

Contrôle de nuitLundi 30 aout 03H30 dure dure la mise en route ! Je ne suis pas explosé, j'ai juste les jambes qui dorment encore, trop de repos !?! Le moral lui est à 200%, je laisse le temps à mon organisme de se réveiller tranquillement. Monflanquin, je fais une photo contrôle et repars aussitôt, toujours pas de jambes extraordinaires. J'ai devant moi 65 kilomètres assez difficiles, Perpignan est loin, je ne panique pas pour autant, c'est le matin ça va revenir. Dans la montée de Montaigu-de-Quercy je décide de mettre le « turbo » pour voir ce que j'ai dans les pattes « ça passe ou ça casse ! ». Je me sens de mieux en mieux, les jambes sont de retour. J'enchaîne sans trop de peine les bosses suivantes, je reprends mon petit bonhomme de chemin sereinement. A hauteur de Castelsarrasin la route est vrai billard, le moins bien c'est que c'est une grande route la D813 très monotone. Je branche ma radio pour me changer les idées.

Arrêt au contrôle de Grisolles dans un bar. J'ai 90 kilomètres assez facile à parcourir, j'avais décidé de quitter au plus tôt cette départementale. A Pompignan je bifurque donc sur une cote TERRIBLE !!! Un mur à 20% se dresse, je suis surpris et je n'ai pas le temps de mettre un développement suffisamment court. J'en chie mais ne lâche rien, je ne vais quand même pas mettre pied à terre. Pente à 20% !!!Tout ces efforts pour par grand-chose en définitive car je redescend s tout pour finir à un rond point donnant sur la D813 ! S'en suit le long contournement de Toulouse très pénible avec la circulation, les villes, les zones commerciales qui s'enchainent avec la sensation de ne pas avancer. J'en ai ras le bol vivement que je quitte ce bourrier ! C'est fait 50 kilomètres après le contrôle, il était temps. Je retrouve de plus petites routes bien ombragées, heureusement car la chaleur est étouffante, même les tournesols tourne le dos au soleil, c'est dire ! Le vent est toujours favorable quel bonheur. Soudain je vois ma sacoche avant bouger plus que d'habitude, des soudures de mon support ont lâchées. Il faut dire que j'ai modifié mon support et qu'il n'a pas tenu le coup, j'avais pourtant fait le test sur un BRM 1000 début juillet. Je m'arrête pour attacher la sacoche solidement, j'ai pris un tendeur (merci Sophie alias Miss couetteS, car c'est elle qui me l'a prêté lors d'un BRM 400 cette année ou j'ai eu un soucis similaire (je ne lui ai jamais rendu, honte à moi)). Ca à l'air de tenir je poursuis ma route.

Dernière difficultéeMirepoix dernier contrôle, il reste 120 kilomètres. Je ne me dis surtout pas que c'est gagné, il reste quelques difficultés et je veux rester concentré pour ne pas commettre une faute qui anéantirait tout les efforts consentis depuis Brest. Je franchis le col du Portel puis celui du Campérié avant d'atteindre St-Paul-de-Fenouillet où je poste la carte arrivée ! C'est la plongée sur Estagel ou je quitte la D117 pour la D1 et l'ascension du col de la Dona, la route est étroite sans marquage au sol, je fais gaffe !! La descente est faite sur les freins, le vent redouble (toujours dans le dos). J'arrive sur Pézilla-la-rivière et heureusement que j'ai le GPS car il y a de la navigation. Je trouve l'arrivée sur Perpignan assez longue, dernière ligne droite sur l'Avenue de la Grande Bretagne, je ne vois pas tout de suite le commissariat. Je sonne, le volet métallique s'ouvre, je fais apposer le cachet humide sur mon carnet. C'est fini, mon rêve s'est réalisé je suis fatigué et heureux d'être diagonaliste !!

Photo finish...

Réflexions sur cette diagonale

J'avais un créneau assez court pour réaliser ma diagonale, 4 jours pas plus pour me rendre au point de départ, pédaler et revenir chez moi. Mon choix c'est donc porté sur Brest Perpignan, ces deux villes étant les plus proches de mon domicile. Il a fallu aussi jongler avec les horaires de train et la possibilité de transport du vélo non démonté, pas la partie la plus facile. Il est à noter que les TGV de l'ouest acceptent les vélos moyennant 10 euros par train.

Concernant l'itinéraire j'ai fait au plus court en évitant au maximum les grands axes. Avec le GPS je n'hésite plus à emprunter de très petites routes, j'ai même pris une portion non pavée !

Pour la répartition des étapes, j'ai fait le choix des hôtels type Formule 1 qui ont l'avantage de ne pas avoir de contraintes d'heures pour l'arrivée et le départ. Il y en a toujours dans les grandes et moyennes agglomérations, encore faut-il en traverser !

Au final j'ai fait 3 étapes de 317, 377 et 391 kilomètres, j'avoue que ça fait de très longues journées de vélo et si j'avais eu plus de temps j'aurais fait une étape de plus.

Je n'ai pas eu de gros coup de fatigue, le vent y est surement pour beaucoup car il a été favorable du début à la fin. Soleil aussi tout au long de la traversée, un peu frisquet le nuit. En bref des conditions climatiques excellentes. Je me suis senti indestructible durant ces 1000 bornes, pas une seconde de doute !!!

Le seul regret est de ne pas avoir pu profiter de Brest et de Perpignan que je n'ai vu que de nuit, une prochaine fois sans doute.

Quelques chiffres :
1085 km et 8795 m de dénivelé réalisé dans le délai de 89 H.
4 cols franchis : Trévezel, Portel, Campérié et la Dona.
6 Régions et 14 départements traversés :
Bretagne (Finistère, Morbihan),
Pays de la Loire (Loire-Atlantique, Vendée),
Poitou-Charentes ( Deux-Sèvres, Charente-Maritime, Charente),
Aquitaine (Dordogne, Lot-et-Garonne),>
Midi-Pyrénées ( Tarn-et-Garonne, Haute-Garonne, Ariège),
Languedoc-Roussillon (Aude, Pyrénées-Orientales).

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